Récit

Rappel Historique

A la tête de la Tunisie  officiellement un Bey qui a été  mis en place par les turcs en 1705. En 1881, la Tunisie est devenu un protectorat français sous l’autorité d’un Haut Commissaire qui est le Général Boyer de Latour en 1955. Un parti indépendantiste le néo-Destour , existe avec 2 leaders : Habib Bourguiba et Salah ben Youssef. Les choses vont se précipiter, puisque l’indépendance de la Tunisie sera proclamée le 20 Mars 1956. En Algérie le pays voisin , les premières actions terroristes datent de Novembre 1954. Certaines unités du FLN recrutées et entraînées  en Libye, passaient en Algérie par le Sud Tunisien.  Ce petit rappel historique semble nécessaire, pour comprendre les conditions particulières du vécu de cette mission, basée à Foum-Tatahouine.

Foum-Tatahouine  en 1955

La ville était  célèbre par ses “Joyeux”. Les “Joyeux”  étaient des condamnés de droit commun , accomplissant leurs obligations militaires , ou des militaires de carrière condamnés pendant leur engagement. L’encadrement était effectué par des officiers tout à fait honorables. Une fois par semaine , le mercredi,  nous étions invités à la caserne des “Bat’d’Af” à une séance de cinéma.
Une autre caractéristique, c’était la présence importante d’une colonie juive . En Tunisie, ce qui était étonnant, c’est qu’en allant du nord vers le sud, de Tunis à  Tatahouine, en passant par Sousse, Sfax, Gabès  on avait une représentation imagée, de cette colonie à travers les âges. Je m’explique : A Tunis, ils étaient habillés à l’européenne, rien ne les différenciaient d’un métropolitain. A Sfax ,  ils se différenciaient un peu par leur habillement, mais à Gabès  les hommes portaient la kippa,  un gilet serré au corps, un pantalon large et les femmes étaient habillées de robes sombres, très amples. L’été  sur la plage,  elles se baignaient en robe. Arrivé à Tatahouine, on avait l’impression en les voyant  de se retrouver au temps de Jésus- Christ. Les hommes en robes larges, souvent barbus et les femmes,  le samedi  le jour du shabbat, étaient toutes dehors devant chez elles, dans des robes de couleurs vives et portant tous leurs bijoux. Il n’y avait pas de problème de cohabitation avec les tunisiens musulmans. Le magasin principal était tenu par 2 frères  du nom de Trabensi. On pouvait y acheter une brosse à dents, ou commander une Cadillac. Nous étions avec les militaires de gros clients et aller dans leur magasin, une vraie caverne d’Ali Baba, était une distraction.
Début 1956 dans le cadre de sa campagne élèctorale , Habib Bourguiba vint à Tatahouine . Notre chef des ouvriers Slimane ,  membre du Néo-Destour , me le présenta  .Bourguiba avait  prévu de faire un pèlerinage jusqu’à Bordj Leboeuf où il avait été interné à 2 reprises  . Il me proposa aimablement de l’accompagner. Il me fallait avertir mon chef de mission, Gilbert Lavergne , mais le temps de le trouver et de revenir, le leader Tunisien était reparti. Bordj Leboeuf se dénomme maintenant Bordj Bourguiba.

La Mission

A la différence d’une mission Sahara , nous étions logés dans la ville et notre bureau était installé dans des bâtiments assez confortables. A noter tout de même que la climatisation n’existait pas encore. Le travail  se déroulait de façon classique, 2 équipes composées d’un topographe et d’un opérateur au gravimètre se relayaient chaque semaine et chacune à son tour, travaillait  sur le terrain ou au bureau. Sur le terrain on se déplaçait avec les ouvriers et un cuisinier. En général on rentrait du terrain le Vendredi soir, pour reprendre le Lundi matin. J’ai acheté au bout de quelques mois une 2 CV qui appartenait à l’aumônier de Tatahouine. Elle avait un peu souffert sur les pistes, mais le mécanicien de la mission, Adolphe Pelaye, me fit une bonne révision du moteur et une nouvelle peinture. Elle était comme neuve ! Cela nous permit de “dégager “ de temps à autre : Gabès , Sfax , Djerba , étaient nos principales excursions vers un monde plus animé. Les prospecteurs mariés étaient en couple, le chef de mission Gilbert Lavergne, Emile Regnier, Jean Rousset, Bernard Forey . Josette Régnier avait un poste d’ institutrice. Une mission sismique CGG était également basée à Tatahouine. Le chef de mission était Huteau, qui usa en 4mois, 3 Chefs-computeurs: Serge Le Mince, Jean Delsol et Le Moal. Bien des années plus tard, j’ai retrouvé Delsol à Géografrance et Le Moal à Elf. Cette mission sismique eu à subir à plusieurs reprises des grèves fomentées par la jeune UGTT (l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens).

Evénements  Militaires et Fin de Mission

Vers Mars 1956, le passage  dans le sud-Tunisien de  militaires algériens entraînés en Libye, provoqua des affrontements meurtriers avec les militaires français. Un détachement de légionnaires débarqua  en renfort avec du matériel lourd.  Sur le terrain comme à Tatahouine on entendait par moment le bruit du canon. Les militaires ne voulurent pas assurer notre sécurité sur le terrain, mais nous confièrent des armes. Dans un premier temps, les épouses avec enfants  furent rapatriées ,  à l’exception de Josette Régnier sans enfant à l’époque, et sous contrat d’enseignante. Les événements s’intensifiant, la mission fut arrêtée et rapatriée fin Juin 1956
Pour ma part j’ai rallié Tunis, avec ma 2CV, où elle embarqua sur “La ville de Tunis”. Arrivé à Marseille, je remontais jusqu’à Paris par la Nationale 7, chère à Charles Trénet, puis jusqu’à Quimper. Arrivé à Quimper, mes parents m’apprirent que j’étais rappelé comme militaire, pour l’Algérie. Je téléphonais à CGG, pour les informer. Peu désireux de perdre du personnel, ils me demandèrent de revenir à Paris pour une nouvelle affectation. Je revendis ma 2CV  à Quimper et repartis pour la Rue Fabert ;  24h plus tard , j’étais à Dakar .
Bourguiba fut proclamé président de la République Tunisienne, le 25 Juillet 1957. Son rival politique Salah ben Youssef, fut assassiné en 1961 .

Du Pétrole à Foum-Tatahouine ?

Non pas,  mais des forages mirent de l’eau  en évidence dans la région. Les cailloux cassés par les” joyeux “, sont recouverts aujourd’hui par une végétation abondante. Par contre, dans l’extrême sud Tunisien, la société italienne Agip découvrit en 1964 le gisement d’El Borma, sur un rendu de permis, suite à la carence d’un responsable de la SEREPT (Société de Recherche et d’Exploitation Pétrolière en Tunisie). En effet, les permis de recherche pétrolière sont attribués pour une durée déterminée, au delà de laquelle , ou bien le titulaire confirme son intérêt pour ce permis en engageant de nouveaux programmes de recherche , ou bien il l’abandonne. Ce fut le cas, la Serept se désintéressa d’une partie de permis et l’Agip qui reprit à son compte la recherche, mis en évidence par de la gravimétrie ,  un  bel anticlinal bien imprégné d’huile, comme en rêve tout pétrolier. (Document annexe)