Journal J.P.Jégo

CARNAC, le 26/02/2012

OBJET : Campagne de Libye (1957/1958).

Cher P. HASCOËT,

Pour t’être agréable, j’ai compulsé ma correspondance de l’époque. Tâche malaisée car je datais rarement mon courrier et des philatélistes amateurs (mes petits-enfants) ont massacré les enveloppes.

Août 1957

Nous sommes en stage de magnétisme à ETAMPES (91150), Maréchal, Chaminade, Germillac et Marius Berthuin alias Grégory, Je n’aurai pas quitté ce dernier d’octobre 1956 à juillet 1958,
Le stage n’est pas terminé que l’on nous annonce qu’à sa fin, je pars immédiatement en Libye avec Maréchal et Grégory, pour un séjour de 10 mois continus sans congés de détente. Je n’ai même pas le temps de ramener ma voiture à CARNAC et je la laisse chez des amis à MONTARGIS.

22 Août 1957

Grégory et moi embarquons au Bourget sur un Constellation de l’U.T.A. (PARIS, ROME, TRIPOLI, NAIROBI, MADAGASCAR). Je ne me souviens pas s’il y avait d’autres prospecteurs. Nous emmenons chacun un gravimètre North-American dans un étui en cuir. Ils voyagent chacun en cabine,chacun sur un siège passager. Au départ, on nous met en garde contre une éventuelle agression de « scout boys » à la solde de concurrents, qui pourraient nous agresser à l’arrivée pour détériorer le matériel. Le conseilleur est un peu vexé car cette recommandation, je ne sais pourquoi,a le don de nous faire rire aux larmes.
Nous voyageons en compagnie d’un ministre de je ne sais quoi, Gilbert Jules, et de sa suite. Il vient s’enquérir de ce que nous transportons avec tant de délicatesse. Grégory, qui aime bien se foutre de la gueule du monde, lui dit que nous sommes tenus par le secret professionnel.
Escale à ROME, nous allons au bar de l’aéroport. Croyant commander un Schweppes, je prends du Bols (eau de vie hollandaise) dans un grand verre. Quand le vin est tiré, il faut le boire et je ne me dégonfle pas. Je déguste l’infecte gnôle sous le regard admiratif du garçon qui appelle ses copains pour assister au spectacle. Nous débarquons à TRIPOLI, pas de « scout boys » à l’horizon, et nous sommes accueillis par un Turc, qui s’occupe des formalités de douane, et Madame Davant, italienne, secrétaire de la Géophysical Overseas Corporation, dont nous sommes devenus les employés, en traversant la Méditerranée. La mission est la G.6002.
Madame Davant nous loge Villa Bruna, Via Pas Tortelli, en bordure de mer, là où elle-même a son appartement. Nous prenons nos repas dans un restaurant italien où l’on nous sert du vin libyen épais comme du coaltar.
Après un de ces copieux repas, au cours d’une sieste, j’entends des binious. Je commence à m’inquiéter sur mon état de santé. Ce n’est que la musique militaire libyenne qui, formée à l’écossaise, défile au son de ces instruments. Venant du Morbihan, je me sens moins dépaysé.
Nous avons installé nos gravimètres dans les bureaux de la société en centre-ville, pas loin du Palais du Roi Idriss, et nous n’avons rien d’autre à faire que de surveiller leur température.
La mission n’est pas prête au départ. Strupnisky achète du matériel, des Land Rover (avec conduite à droite, châssis long pour les gravis. Il faut les aménager : trappe pour le pied du gravi, siège pour l’opérateur et un réservoir d’essence complémentaire de 80 litres d’essence) et des camions Hannomag diesel.
La vendeuse d’Hannomag est une allemande sculpturale. Stoupnisky souffre d’un tour de rein. D’après les mauvaises langues, ce ne serait pas en essayant les Hannomag en tout terrain.