Récit

Rappel historique

La Libye, ancienne colonie italienne , est en 1957 une monarchie constitutionnelle avec à sa tête le roi Idriss basé à Tripoli. Le royaume est constitué par la réunion de trois provinces : la Cyrénaïque, capitale Benghasi, la Tripolitaine capitale Tripoli et le Fezzan capitale Sebha.

Contexte

Cette expatriation fut pour moi, sans doute la plus difficile à supporter physiquement et moralement du fait de sa longueur (11 mois) et de sa situation en zone désertique. Elle se déroula en deux périodes : d’abord 6 mois de mission terrestre classique, ensuite une des premières, sinon la première mission gravimétrique héliportée.

Mission Terrestre

Après plus de 700 Km de pistes , plein sud de Tripoli, le chef de mission (Jacques Regnaudin) stoppa le convoi quelque part sur le plateau de l’Hamadat al Hamrah (voir carte), et fit monter le camp principal. Cette fois, on inaugurait un matériel automobile nouveau: des Hanomags allemands et des Land-Rovers. Oubliés les Jeeps et autres Dodges américains. Le travail se déroulait de façon classique. Pour chaque équipe, une semaine terrain alternait avec une semaine bureau. Le matériel topographique était pour le topographe le tachéomètre “Wild T0” et pour l’opérateur au gravimètre, le North American”, c’est à dire les matériels de mesure habituels. (Document annexe)

Mission Héliportée

Au bout de 6 mois, une partie de la mission se déplaça vers le sud, jusqu’à Oubari (Awbari sur la carte) en passant par Sebha, pour travailler dans l’erg du même nom, (Chef de mission André Millet). Les véhicules étant exclus dans l’erg, un nouveau moyen de transport fut inauguré: les hélicoptères. Ce furent des hélicoptères américains “Bell”. Les pilotes eux aussi américains, étaient des anciens de la guerre de Corée; ils se révélèrent excellents. Il le fallait, car l’hélicoptère qui est un engin délicat à piloter, était amené à voler dans des conditions difficiles, voire dangereuses.
Pour nous il a fallu s’adapter à de nouveaux matériels. L’expert topographe de CGG, Pierre Blanchet mit au point une méthode de travail spécifique qui impliquait l’emploi de tachéomètres “Kern Ckm2u”, avec visées sur mires horizontales. Ces tachéomètres permettaient des visées bien plus longues qu’avec les “Wild T0” et aussi pour les hélicoptères, des décollages et des atterrissages beaucoup plus espacés. Les gravimètres “North American” cédèrent la place eux aussi , à de nouveaux gravimètres beaucoup plus petits, les “Worden”, dont le mécanisme en quartz permet la suppression des enceintes isothermes et de la batterie. Avant de commencer l’étude, il a fallu prévoir sur le terrain un réseau de points de dépôts de carburant pour les hélicoptères, le même réseau servant à établir des points de base calculés et calés pour la gravimétrie. En effet un programme gravi doit commencer et se terminer à un point de mesure déjà connu : on appelle cela, aller à la base.

Résultats

C’est la proximité d’Edjeleh et du bassin d’Illizi en Algérie qui donna l’idée aux géologues d’envisager une prospection pétrolière dans l’erg Oubari. Hélas les résultats dans cette région ne furent pas à la hauteur de leurs espérances. Les premières grandes découvertes libyennes se situèrent bien plus au nord-est, principalement dans le bassin de Syrte.

Tripoli

Je fus désigné une nouvelle fois pour participer au rapport de fin de mission. Je restais donc un mois encore à Tripoli avant de reprendre l’avion pour la France. Cela me permit de découvrir les exceptionnelles ruines romaines de Sabratha et de Leptis-Magna, situées de part et d’autre de la capitale. De plus, j’avais de l’argent plein les poches, je m’explique : en mission outre le salaire versé en France, on touchait sur place dans l’argent du pays, une indemnité dite de double résidence, qui devait en principe couvrir les frais de séjour . En ville cela payait l’hôtel et le restaurant, en mission sous la tente, cela servait à régler les seules commandes de nourriture. Ces frais de bouche étaient gérés par l’un d’entre nous “désigné-volontaire” et dénommé “popotier”. S’il était bon, en fin de mission on récupérait un crédit. Ce fut le cas, le « popotier » qui était Jean-Paul Jégo (après une courte carrière à CGG, il devint notaire à Carnac), nous alloua à Tripoli, une somme confortable en livres libyennes. Détail, aucune banque étrangère n’accepait les livres libyennes. Il me fallait tout claquer sur place avant de rentrer à la maison. Je n’ai pas eu beaucoup de difficultés, en effet il y avait à l’époque à Tripoli, un Casino luxueux: le “Waddan”.