Trajet Algérie

Paris – Alger

Début décembre 1954, toute l’équipe, 11 prospecteurs plus le chef de mission (Mr. Lutz) ont rendez-vous à l’aérogare des Invalides.
A l’aéroport d’Orly, je reconnus parmi les passagers  Jacqueline Auriol, célèbre à l’époque pour être la belle fille du précédent président de la république (le président en exercice étant René Coty) et pour ses exploits d’aviatrice. Elle avait déjà eu son grave accident, elle en conservait les traces sur son visage, malgré plusieurs opérations réparatrices. Elle gardait malgré tout l’élégance d’une parisienne de forte personnalité.
L’arrivée à Alger fut pour moi la découverte d’un nouveau monde : c’était “l’Algérie de Papa”. Je retrouvais dans la réalité, un lieu tout à fait différent de la vie en métropole, mais assez conforme à ce que j’imaginais à partir de mes lectures.

Alger – Djelfa

Après quelques jours passés à l’hôtel  et une visite aux bureaux locaux  de CGG, on prit le train jusqu’à Djelfa où était regroupé tout le matériel des missions.
Djelfa est situé à 300 km  environ au sud d’Alger.  Notre dotation en  matériel automobile était constituée de 6 Jeeps Willys, 3 Dodges 4/4 et 1 GMC. (C’était du matériel de récupération  américain, mais bien adapté au tout terrain).  Outre ces véhicules, notre mission comprenait aussi 1 camion gros porteur et 1 remorque citerne de 1000 litres d’eau. Nous étions 12 prospecteurs, mais avec l’embauche des chauffeurs et des ouvriers, notre expédition comprenait plus de 30 personnes.

Djelfa – Fort-Polignac (Illizi)

C’est donc en convoi, que l’on a attaqué ”la route”, 1500 km à effectuer. 100 km de goudron jusqu’à Laghouat, puis ensuite la piste. Rouler sur les pistes sahariennes  n’était pas sans difficulté : sur les zones sableuses on pouvait trouver le  fech-fech où on s’enlise sans préavis  et sur les pistes plus dures, on trouvait la tôle ondulée, qui se caractérise par des stries   régulières en travers de la piste. Ce phénomène physique est d’ailleurs même aujourd’hui assez mal expliqué. Pour rouler sans être trop secoué sur la tôle ondulée, il faut conduire à  une vitesse  d’environ 60km/heure. Au Sahara avec les premières découvertes pétrolières, les grands axes routiers  ayant été goudronnés, ces difficultés  se font plus rares. Elles subsistent pour les concurrents du Dakar,  qui naviguent  en hors pistes au GPS.
Hôtels aux étapes reines, Ghardaïa, la capitale des Mozabites et Ouargla. Ensuite on a dormi à la belle étoile sur des lits pliants, dits lits “picots”. Hassi-Messaoud n’était qu’un point sur la carte, Fort Lallemand  (aujourd’hui Belhiane), Fort Flatters (aujourd’hui Bordj Gomar Driss), Ohanet, furent les principales étapes avant d’arriver à Fort-Polignac (aujourd’hui Illizi), où on pensait installer notre camp principal. Nous avons mis exactement 7 jours pour y arriver.
Le responsable militaire du secteur, à la tête d’un détachement de méharistes français et autochtones était le lieutenant Lefort des Illouzes. (Ce nom ne s’oublie pas).  Non averti de notre arrivée, voyant 30 pèlerins débarquer avec un cortège de véhicules, il annonça tranquillement à notre chef de mission qu’il ne nous autorisait pas à nous installer à Fort -Polignac, à cause du manque d’eau. Consternation ! Après 1400 km de piste, nous n’avions plus qu’à repartir. Mais, pour aller où ? (Suite  « le lac« )