Le lac

C’est alors qu’un miracle s’est produit ! Un habitant du village qui souhaitait se faire embaucher, est venu se présenter en annonçant qu’il connaissait un point d’eau important ”par là, pas trop loin !”. Nous avons sorti la carte de la région . A cette époque pas de photos aériennes, beaucoup de zones blanches, et  hors  Fort-Polignac  aucun point d’eau n’y figurait. Le chef de mission décida de le croire, et lui demanda de l’y amener. A son retour enthousiaste, Lutz nous annonça qu’il y avait effectivement à 60 km au nord-est, un lac d’eau douce d’environ 800m de long sur 400 m dans sa partie la plus large ! Nous voilà donc repartis, en hors piste, vers ce lac miraculeux, au grand soulagement des militaires .
Le camp principal  fut installé en bordure du lac : tentes individuelles “Raclet”, tente bureau, tente popote, tente atelier, tentes ouvriers. Effectivement l’eau était douce. Au début on la filtrait au manganite, puis ensuite on “oublia” de le faire. En bordure du lac, une légère végétation faisait une couronne de verdure, ce qui était assez agréable. Un matin, un ouvrier nous informa  qu’au bout du lac il y avait “une grosse bête”. Il ne l’avait pas vue mais entendue. Elle faisait grand bruit dans l’eau ! Terrorisé , il avait fait demi-tour, pour alerter le camp. On imagina un crocodile, survivant des ères lointaines, et nous voilà partis à la découverte du “monstre”. Au début tout était calme, puis d’un seul coup on perçut un léger frémissement à la surface de l’eau. Cela s’amplifia et très rapidement on assista à une scène incroyable : de gros poissons  avançaient en rang serrés comme des légions romaines vers  la rive, et tel un filet, encerclaient les poissons plus petits. Arrivés à l’extrémité du lac, les petits poissons étaient engloutis par les gros ou mouraient hors de l’eau  en voulant s’échapper. Nous étions très surpris, personne n’avait entendu parler  d’un tel spectacle. Au moins nous étions rassurés. Pas de crocodile dans le lac !
En fait il s’agissait de silures, d’énormes poissons chats carnivores, qui se nourrissaient d’une espèce de poissons plus petits. De retour au camp, on décida d’envoyer un message au bureau CGG d’Alger pour demander … des cannes à pêche ! Des cannes à pêche, pour pécher en plein Sahara ! En réponse,  on nous demanda de bien vouloir confirmer et de donner quelques explications .
Logistique
Nous avions au camp principal, une station radio qui pouvait émettre jusqu’à Fort Polignac. Nos messages relayés par la station  de Fort Polignac étaient retransmis par les militaires jusqu’au bureau CGG d’Alger. Pour le camp secondaire rien n’avait jamais été prévu sur le plan radio. Une fois par semaine un avion militaire faisait la liaison Alger-Fort-Polignac, et nous amenait des vivres frais et le courrier. Avant d’atterrir, il  survolait le lac pour nous inviter à venir récupérer notre fret. Une fois par mois, un camion Devicq nous  livrait les commandes plus importantes, vivres, matériel-auto ou autre.
Organisation du travail
Le fonctionnement des équipes était classique : une semaine  bureau, une semaine  terrain, deux équipes en rotation. Le travail terrain, si on fait abstraction  des déplacements, était donc  en continu. Chaque équipe terrain était composée de trois prospecteurs : 1 topographe, 1 opérateur au gravimètre et 1 opérateur à la balance magnétique. Le topographe faisait le lever du profil d’étude défini par le chef de mission  et matérialisait sur le terrain pour les 2 autres opérateurs les points de mesure. Les points de mesure étaient environ tous les 500m pour la gravimétrie et de 1 km pour le magnétisme. Pendant la semaine bureau, le topographe calculait les coordonnées des points terrains, ainsi que leur altitude (x,y,z). Les 2 autres opérateurs procédaient au dépouillement de leurs feuilles de mesures auxquelles il fallait apporter de nombreuses corrections pour les rendre comparables entre elles. Ces valeurs calculées étaient reportées sur un plan de position établi par le topographe. C’était le premier niveau des valeurs, avant des calculs plus compliqués, pour arriver à une carte dite d’Anomalie de Bouguer pour la gravimétrie et pour le magnétisme, à une carte de la Composante Verticale du champ magnétique  terrestre.
Spécificités du travail de cette mission
Cette mission devait couvrir les permis Issaouane, Tadjentourt et Zarzaïtine, dits Permis Orientaux.
L’étude s’étendait donc sur une zone très vaste avec des mailles d’étude de grandeur variée. On faisait de la grande reconnaissance avec des zones de détails sur des structures géologiques connues. Par exemple, la maille qui contourne l’erg Bourharet fait plus de 300 km, mais la structure d’Edjeleh, un anticlinal de surface qui fait environ 30 km sur 10 km, est couverte par 4 mailles.
L’éloignement du camp secondaire par rapport au camp principal parfois à plus de 200 km, les déménagements du camp secondaire quasi journaliers et des déplacements presque exclusivement en hors piste sur des terrains de dunes ou de pierres (erg ou reg), sans aucune liaison possible, tenaient de la grande aventure humaine.
A noter : Revenant juste du service militaire, je n’avais pas encore d’appareil photo. L’image ci-dessous est une image de Google Map.
Un pros de la mission : Jacques Florin avait lui, pris de nombreuses photos, j’ai essayé de le retrouver, hélas sans succès.

 

(suite « Vie au camp principal)