Fin de la mission

Fin avril 1955, il faisait très chaud, trop chaud. La surface du  lac avait diminué de moitié et même en commençant sur le terrain juste au lever du soleil, les opérateurs avaient de plus en plus de mal à effectuer leurs mesures. La réverbération du soleil sur le sol  empêche le topographe de faire des lectures correctes et une chaleur trop importante fausse les mesures du gravimètre et du magnétomètre. On reçut l’accord pour arrêter la mission. Le camp fut levé le 6 Mai 1955.

 

Et Après ?

Je ne fis pas parti du convoi de retour du matériel et des véhicules, jusqu’à Djelfa. J’avais été désigné pour faire le rapport à Paris, avec le chef computeur Favé. Les bureaux de CGG, situés 50 rue Fabert  ne pouvant nous accueillir, on nous avait loué à proximité, une chambre dans un hôtel.
Faire le rapport, c’est mettre au net tous les résultats et les premières cartes, pour les présenter au bureau de dessin. L’interprétation des résultats et la rédaction du rapport final sont  l’oeuvre d’un géophysicien du siège.
En général, les résultats pétroliers  qui suivent une mission géophysique ne sont connus qu’ un ou deux ans plus tard, alors que le prospecteur de base est reparti bien loin, affecté à une autre mission,  dans un autre pays.  Dans le cas du bassin de Fort-Polignac, les structures mises en évidence par la gravimétrie ont été affinées ensuite par des études sismiques réflexion complémentaires (la sismique permet d’avoir une meilleur connaissance de la forme et de la profondeur  des structures). Les premiers forages d’exploration débutèrent à Edjeleh fin décembre 1955 et dès le début de Janvier 1956, on annonça officiellement la première découverte ! En fait, c‘était la première découverte saharienne ! Suivirent plus tard, dans ce bassin les découvertes de Tigentourine, Zarzaïtine, Ouarène, Ohanet…. bien plus au nord, la mise en évidence des gisements d’Hassi Messaoud et Hassi R’Mel un peu plus tard de la même année, confirma dans l’enthousiasme voire l’euphorie, la réalité du potentiel pétrolier saharien. Cette euphorie fut vite tempérée pour les raisons politiques que l’on sait.
Et le lac, qu’est-il devenu ? Bonne question, son origine reste mystérieuse. Il semble qu’il fonctionne comme les lacs  d’Oubari dans le Fezzan Libyen. Ils sont à la même latitude. Ce qui les caractérise, c’est qu’ils ont des périodes sèches qui peuvent durer plusieurs années. Ils sont poissonneux,  quand il y a de l’eau. Comment est-ce possible ? Pendant les périodes sèches, les oeufs fécondés restent enfouis et quand le milieu redevient favorable, ils éclosent et le cycle recommence !  C’est aussi simple que cela ; mais étonnant tout de même !

 

Réflexion sur le danger de travail terrain sur un permis gravimétrique de grande reconnaissance.

La caractéristique, de ces permis, ce sont les vastes étendues de prospection parcourues à l’époque sans moyens de communication .
Ci-après le récit d’une mésaventure personnelle :

 

De Fort Polignac à Zarzaïtine le nord du périmètre d’étude 245 Kms de piste (aujourd’hui viabilisée)

Lors d’une sortie dans la région de Zarzaïtine  j’étais arrivé bien en avance sur les 2 autres collègues, au nouvel emplacement prévu pour le camp terrain, avant qu’il ne soit monté.

Cet emplacement était prévu sur la piste Nord-Sud qui reliait Fort-Polignac à Ohanet. Le lendemain au programme était prévu, une zone de travail de détail, à l’est de la piste à partir du camp terrain. Le camp n’étant pas monté pour occuper mon temps je décidais de faire une reconnaissance- terrain du programme du lendemain. Un Programme de zone détaillée. Plein est de la piste, 3 km dans une direction, 4 dans une autre etc…  Je me sers du T0. Je demande à un chauffeur arabe de me conduire, mais au bout d’un moment la jeep s’arrête faute d’essence. Il y a en principe sur ces jeeps un réservoir d’essence supplémentaire sous le siège passager… Vide aussi.

À combien de kilomètres de la piste et du camp étions-nous parvenus ?  une dizaine de Kilomètres…? Pas de moyen de communication avec le camp secondaire, pas de moyen de communication avec le camp principal situé à 200 km… Normalement on ne doit pas quitter son véhicule en cas de panne, mais si on attendait on serait mort de soif avant d’être retrouvés. Je décidais de repartir à pied en direction de la piste nord-sud où est situé le camp. Je prends un peu d’eau du réservoir, mais joint de culasse en mauvais état, l’eau était pleine d’huile.

Dans une autre mission, dans une même situation (pas CGG) il y avait de l’antigel dans le réservoir, les gars en sont morts.

Au départ je prends le T0, puis je l’abandonne. Au début aussi le chauffeur s’arrête pour faire sa prière assez souvent. Finalement au bout d’un certain temps sous le soleil, on retrouve la piste au nord ou au sud du camp, espérant qu’un véhicule vienne à passer et nous repère malgré la piste très large à cet endroit. Épuisés on s’allonge … pour mourir ! Au bout d’un certain temps on entend un bruit de Jeep. Un miracle ! C’était Solelhac l’opérateur gravi qui ne nous voyant pas revenir décida de patrouiller à tout hasard sur la piste. De retour au camp, j’ai bu, j’ai bu jusqu’à plus soif ce qui, je l’ai su plus tard est fortement déconseillé. Sans cette décision de patrouiller sur la piste pour essayer de nous retrouver, on serait mort de soif.

Il y a seulement 3 ans j’ai essayé de revoir Solelhac, il s’était établi à Cannes. J’ai eu le plaisir de le retrouver et de le remercier de m’avoir sauvé la vie. Il est décédé l’année suivante ! Pendant longtemps je ne pouvais évoquer cette mésaventure sans retenir des larmes.

Et oui la prospection sur des permis de grande reconnaissance, n’était pas sans risque.

Des Noms ! Des Noms !

Le Client   : CREPS  (Cie de Recherche et d’Exploitation de Pétrole au Sahara).
Géologues :  Nougarède,  Fabre.
L’équipe CGG :
Lutz, Favé,  Cuvet, Bretonnière, Cassin, Durand, Florin ,Hascoët, Mioche, Garnier ,
Altairac. Ces 2 derniers remplacés en cours de mission par Colombiès, et Solelhac.
Mécaniciens : Laffond, Leroux .