Danger dans les années 1950 de la Prospection Gravimétrique sur des permis de grande reconnaissance, en milieu désertique

Le début de la prospection pétrolière saharienne dans les années 1950, a débuté par des permis couvrant les grands bassins sédimentaires sahariens.

La méthode employée était la méthode gravimétrique.

Elle avait pour objectif de mettre en évidence les zones d’intérêt, (recherche d’anticlinaux affinés ensuite par des missions sismiques de détail.)

Cette prospection n’était pas sans danger pour les prospecteurs. Pourquoi ?

Je prends l’exemple d’une mission à laquelle j’ai participé : La mission gravi dite de Fort-Polignac (Illizi aujourd’hui)

Sa couverture terrain était énorme : De Fort Polignac à Zarzaïtine 245 Km de piste (aujourd’hui viabilisée)

Le Lac près du camp CGG en 1954

Et … nous avions des cartes du service Géographique de l’armée (pas toujours exactes et avec des blancs), pas encore des cartes aériennes.

Et surtout… aucune liaison radio !

Topographe, il m’est arrivé une mésaventure qui aurait pu être tragique.

Le topographe était chargé de matérialiser sur le terrain les points de mesure opérés par les opérateurs au gravimètre et à la balance magnétique, qui suivaient le topographe.

Ces points de mesure, le topographe, pendant la semaine bureau devait en calculer les coordonnées X et Y pour les situer sur une carte.

5 cm en Z équivaut à 1 centième de milligal. Il fallait donc les corriger pour les ramener à un plan de référence, comparables entre elles.

Couverture des Permis

Carte schématique des tracés du programme nord des cheminements gravis effectués

Lors d’une sortie dans la région de Zarzaïtine c’est-à-dire tout au Nord du permis, j’étais arrivé bien en avance sur les 2 autres collègues, au nouvel emplacement prévu pour le camp terrain, avant qu’il ne soit monté.

Cet emplacement était prévu sur la piste Nord-Sud qui reliait Fort-Polignac à Ohanet.

Le lendemain au programme était prévu, une zone de travail de détail, à l’est de la piste à partir du camp terrain.

Le camp n’étant pas monté pour occuper mon temps je décidais de faire une reconnaissance- terrain du programme du lendemain.

Un Programme de zone détaillée. Plein est de la piste, 3 km dans une direction, 4 dans une autre etc…  Je me sers du T0

Je demande à un chauffeur arabe de me conduire, mais au bout d’un moment la jeep s’arrête faute d’essence. Il y a en principe sur ces jeeps un réservoir d’essence supplémentaire sous le siège passager…

Vide aussi. À combien de kilomètres de la piste et du camp étions-nous parvenus ?  une dizaine de Kilomètres…?

Pas de moyen de communication avec le camp terrain, pas de moyen de communication avec le camp principal situé à 200 km…

Normalement on ne doit pas quitter son véhicule en cas de panne, mais si on attendait on serait mort de soif avant d’être retrouvés.

Je décidais de repartir à pied en direction de la piste nord-sud où est situé le camp

Je prends un peu d’eau du réservoir, mais joint de culasse en mauvais état, l’eau est pleine d’huile.

Dans une autre mission, dans une même situation (pas CGG) il y avait de l’antigel dans le réservoir, les gars en sont morts.

Au départ je prends le T0, puis je l’abandonne.

Au début aussi le chauffeur s’arrête pour faire sa prière assez souvent.

Finalement au bout d’un certain temps sous le soleil, on retrouve la piste au nord ou au sud du camp, espérant qu’un véhicule vienne à passer et nous repère malgré la piste très large à cet endroit.

Épuisés on s’allonge … pour mourir ! Au bout d’un certain temps on entend un bruit de Jeep. Un miracle ! C’était Solelhac l’opérateur gravi qui ne nous voyant pas revenir décida de patrouiller à tout hasard sur la piste.

De retour au camp, j’ai bu, j’ai bu jusqu’à plus soif ce qui, je l’ai su plus tard est fortement déconseillé. Sans cette décision de patrouiller sur la piste pour essayer de nous retrouver, on serait mort de soif.

Il y a seulement 3 ans j’ai essayé de revoir Solelhac, il s’était établi à Cannes. J’ai eu le plaisir de le retrouver et de le remercier de m’avoir sauvé la vie. Il est décédé l’année suivante !

Pendant longtemps je ne pouvais évoquer cette mésaventure sans retenir des larmes

Et oui la prospection sur des permis de grande reconnaissance, n’était pas sans risque.

Cette mission gravi, marqua la 1ère grande découverte saharienne en 1956, à Edjeleh.

Ci-dessous la carte des forages en production, qui suivirent cette 1ère découverte saharienne sur ce permis.